L'actu photographique de Jim Dalibert

L'ancienne page d'un (encore) jeune photographe havrais...

27 février 2014

Parlons photo : La lumière (Hors Serie n°3)

 

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En photo : Une nouveauté 

La photographie, cet univers impitoyable, où l'instagrameur et le photographe de reportage, le photoshoper et le photographe, l'amateur de plein air et de studio, se côtoie. Si j'ai commencé la photographie par "l'urbex" (la photographie de lieux désaffectés havrais), c'est avec plus de vie qu'aujourd'hui je souhaite composer. Mais là où ma liberté dépendait du lieu à l'heure dite, aujourd'hui c'est un travail qui rappelle celui du studio qui m'arrive entre les mains. Attention, article fleuve ^^

 

Et sa complexité.

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Pourquoi le studio ? Parce que la lumière à créer; le "modelage" à faire, par ses petites stratégies d'illuminations variées étaient la prise de tête du photographe de studio. Son décor, généralement une vulgaire bâche, s'enrichissait soudainement du jeu d'ombre et d'effets de lumières. Désormais équipé de flash, de trépieds, de parapluies (rendu possible grâce à la vente des dernières photographies), voila que mon petit Canon G11 se retrouve à, par émetteur/récepteurs radios, donner des ordres aux différentes sources de lumières cachées dans le décor. 

Un travail réellement difficile qui nécessite autant d'expériences que de matériel. Si on imagine facilement l'importance de la modulation de la puissance, de la distance comme de la hauteur des spots, on imagine moins le nombre d'accesoires fous permettant de nuancer. Si tous nous connaissons les parapluies photographiques qui selon la couleur va diffuser une lumière argenté/dorée pour homogénéiser les ombres sur model coté blanc, ou assombrir le décor coté opaque, on croise aussi les nids d'abeille ou les snoot qui concentreront une lumière dure sur le model, ou à l'inverse, les softbox ou les bol beauté qui vont éclairer plus largement l'espace et permettre des ombres plus douces. Si tous se greffent sur les flashs et autres trépieds, n'oublions pas les réflecteurs, véritables miroir portatif chargé de renvoyer la lumière opposée selon un angle ou une couleur et ainsi empêcher des ombres trop portées.

 

 

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Mais ce qui m'éclate, c'est de pouvoir bosser avec un flash déporté de l'appareil, qui va projeter un rayon de lumière sur l'arrière ou les cotés de ma prise de vue. Plus complexe, l'utilisation de différentes lumières pour éclairer les autres éléments de la prise de vue, et permettre à tout ce petit monde d'avoir une lumière bien équilibrée selon les sources....

Bref, essayer reste nécessaire. Il existe pourtant forum, bouquin et vidéo qui aident, mais le must (pour le moment) reste, payant mais très complet, Elephorm qui produit un dvd complet (parfois un peu soporifique mais bon...). Histoire de s'amuser vous pouvez consulter l'excellent site de Matthew Scott, cinéaste amateur qui par ses jeux de lumières, rappellent évidement ma volonté précédente. Ce site a l'avantage de montrer par des photos "off" ou des schémas, la manière dont il construit ses plans lumières.

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L'exemple parfait : Formento + Formento

Et en terme de travail entre lumière et large décor, le couple Formento, issu du monde de la mode, me parait être un exemple parfait. Photographes ayant vocation de raconter des histoires autour de thématiques tel que "la nostalgie, la tristesse et le drame". Suivant ces thématiques, le couple embarque pour un road trip en 2009 à travers 25 états des Etats Unis pendant 5 mois, cherchant 50 femmes représentant l'Amérique post -dépression bancaire. Très hitchcockiennes (par leurs physiques ou par l'époique : décors, vêtements, coiffures...), les models se retrouvent dans des décors désolés typiquement américains, et sortent un fasciculte chez YellowKorner en France (19€), ainsi qu'un imposant ouvrage retranscrivant l'intégral du voyage sobrement intitulé Circumstance (200€). Amoureux d'Avedon, Diane Arbus, Helmut Newton ou Irving Penn, nos deux photographes montent leur site et diffusent ainsi une Amerique sans rêve et un Japon entre féminité débridée et esthétisme traditionnel. On pourra espérer des thèmes plus variés pour  éviter l'éffet de répétition qui, malgré le changement de (superbes) décors, montre désormais ses limites.

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Mais, pour revenir au thème de la lumière, c'est aussi un couple qui, au travers de making of vidéo, montrent à quel point leur Canon D05 allié à un jeu habile de lumière flash concentré signent une identité visuelle que beaucoup catalogueront sans vergogne dans la photographie de mode. Pas de bol, c'est aussi dans cette voie que j'avance actuellement, bien que ce soit le personnage et non simplement son costume qui me fascine. Bonne nouvelle, il est actuellement facile pour vous de voir le resultat, ceux ci sont exposés par la chaîne de galeries photos YellowKorner.

CIRCUMSTANCE

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La question du jour : Yellow Korner

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La photographie en galerie : un exercice périlleux. Rien qu'au Havre, les galeristes renommés ne s'interesse que peu à la photographie. Sans demander la création de galeries spécialisées, il est évidemment important de laisser place à cette production sur les murs d'expositions. Mais quand l'argent est en question, le problème est toujours le même : le galeriste doit il attendre que son public développe des goûts autres que le type de peinture qu'il vient chercher, ou doit il être l'instigateur du changement. Un changement qui permettrait d'élargir la vision de la photographie à celles vendue chez Conforama, rayon "décoration et accessoire" pour 30€, ou des abris-bus Décaux. Comment ? Nous ne parlons pas là des photographes de talent ? Peut être pas toujours, mais certains sont de qualité et, piégés par l'absence de galeries et de ventes potentielles, vendent leurs âmes au diable du contrat. Des galeristes parisiens, comme Wanted  tentent de relever cette situation en proposant ses photographes attitrés, mais le public restreint et l'absence d'ampleur artistique dans le monde de la photographie (et par répercussion dans ses prix) permettent ils vraiment aux galeristes et à l'artiste de s'y retrouver ? Ce qui est certain, c'est qu'au fur et a mesure du temps, les galeries ferment, se contentant d'une vitrine virtuelle via un site internet. Le plaisir de l'achat comme de la vente, est alors bien différent.

 

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Entre deux, la chaîne française Yellow Korner tente de trouver sa réponse. Facile : proposer des photographies de qualité, en livre, du petit polymère au grand alu/plexi. En faire une chaîne pour toucher un maximum de gens, et vendre à prix élevés. Le débat est lancé : le prix permet aux deux acteurs de s'y retrouver, de rappeler que la photographie est un art, moins cher certes qu'une peinture, mais toujours le fruit d'une création et d'un travail d'artistes reconnus. Évidement je soutiens l'idée, mais certaines choses sont gênantes. Évidement, le prix peut paraître cher à ceux qui habillent leurs murs de posters bon marché. Mais ce prix, justifié par l'artiste ou le tirage, doit faire face à deux concessions : accepte-t'on un prix (à mes yeux raisonnable) à trois chiffres (Formento se vend de 75€ -20x30cms- à 310€ - 120x180cm) quand cette photo est diffusée dans le monde entier à "tirage limité" (voir parfois pas), mais à des tirages à cinq chiffes ? Retrouver dans chaque magasin de chaque ville une photo que l'on a chez soi, est quand même un désavantage. Pourtant, à mes yeux, l'équilibrage est là, et je crois sincèrement que YellowKorner est une solution (parmi d'autres si absentes) par la qualité de ses tirages comme par l'amtosphère crée dans ses magasins, et par un prix attractif, il faut espérer que le magasin havrais tienne... Personnellement, j'y ai déjà acheté ! 

Peut être la solution tiendrait dans la possibilité des magasins d'une même région d'exposer ses artistes locaux (non, je ne prêche pas pour moi !) : cela ferrait de YellowKorner un vrai acteur régional (voir simplement par l'organisation de concours ouvert au vote du public : accrochant ainsi les passants dans les lieux), et permettrait de dégager une touche un brin singulier, et par la même occasion à des artistes d'apparaître. Mais c'est alors demander à une chaîne crée par des anciens d'HEC de se comporter avec encore un vrai sens de mécénat car il s'agirait de casser la stratégie de la grande échelle pour minimiser les coûts, qui, dans une économie en berne reste culottée.

 

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Le Bonus

Comme souvent, finissons en musique, car le travail de lumière a aussi une grande importance dans le cinéma. Si l'excellent Wes Anderson utilise dans son Grand Budapest Hotel une technique intéressante de lumière, où les spots (hors champs) s'intensifient ou se déplacent sur le visage même des acteurs et des décors; ce travail, et cette idée, est poussé à son paroxysme par Woodkid lui même qui, avant d'être un excellent chanteur, est aussi un cinéaste reconnu dans le milieu (notamment pour la qualité de ses propres clips), comme avec celui fait pour Lana Del Rey. Oublions la musique, mais la lumière elle, est quasiment le troisième élément du couple à l'écran. 

Lana Del Rey - Born To Die

 

 

 

 

Ok, un article long, très long. Le prochain, on se contentera juste d'une photo d'un de mes projets promis. Mais je voulais reprendre le concept de l'Hors-Serie tout en lui collant mon actualité, et aussi essayer de vous offrir la possibilité de répondre sur la question de YellowKorner, où là, seul l'avis d'un photographe s'exprime.

 

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regardsurlehavre à 17:16 - Permalien [#]

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